Papa

Papa à 19 ans – † 22 décembre 2016

Il y a tant de choses à dire de toi, pour faire le tour de ce grand balaise à la voix de stentor, de ce colosse finalement d’argile. On se souvient de tes colères intenses et leurs litanies de jurons pour des riens alors que seules les vraies douleurs te rendaient silencieux.

Maman et toi, affectueux, vous nous avez donné une enfance heureuse et libre de découvrir le monde chacun à sa façon. Vous nous avez laissé ouvrir des portes, oser, essayer sans nécessairement réussir, se laisser porter par nos intimes convictions et construire au fil des expériences, notre “statue intérieure”. Comme vous le fîtes, nous avons appris à nous investir avec passion.

Lariflette - La paix chez soi

Daniel Laborne à son filleul, notre Papa.

Le retour des vielles cloches

Pâques 1943 – Retour de notre grand-père prisonnier

Ton enfance commença en 1939 à Verneuil-sur-Avre en Normandie, entouré de l’affection de ta mère et tes sœurs et marquée par l’absence de ton père retenu prisonnier en Allemagne. A son retour en 1943, il vous conduit pour vous protéger, à la Friche des Bois. C’est là que tu découvres avec bonheur la vie à la ferme mais également le quotidien de cette guerre. Souvenirs que tu voulais transmettre dans un livre qu’hélas la maladie ne t’as pas permis d’achever.

Papa dans le Vikings 1958

Papa dans le film les Vikings de 1958

Avec un CAP de menuisier-charpentier obtenu à Évreux, tu préfères tenter ta chance sur les planches. Ton père te permet d’entrer aux cours de la rue Blanche grâce auxquels tu deviens figurant dans le film “les Vikings”. Nous regardons toujours avec sourire ce petit anglais au milieu de l’écran faisant signe de relever le pont-levis puisque que nous sommes les seuls à savoir qu’il s’agit de toi du haut de tes 19 ans.

Tu perds ta maman alors que tu pars trois ans sous les drapeaux en l’Algérie. Algérie, dont tu disais n’avoir jamais bien compris comment elle pouvait être française, ses paysages magnifiques que tu aurais tant aimé revoir sans barbelés, et ton humanité qui te faisait, lors de convois de matériel, emmener ton banjo et oublier ton arme.

Mes parent en 1962

Papa & Maman à la leur mariage le 29 septembre1962

De retour, tu rencontres Maman, cette belle petite brune aux yeux si verts, avec laquelle selon de grands principes démographiques, tu décides d’avoir deux enfants. Nous serons quatre…

Famille Bouët en 1973

Notre famille en 1973

En 1974, tu t’installes à Vitré comme maître d’œuvre en bâtiment d’élevage. En 1977, Pierre Méhaignerie te propose de le rejoindre dans la nouvelle équipe municipale. En 1979, tu participes à l’élaboration du jumelage avec Helmstedt. Bon nombre de couples vitréens se souviennent de toi parce que tu les as mariés. Tu crées avec Monsieur Bussy, alors directeur de l’École primaire du Château, le club de judo pour lequel on te demandera plus tard d’en concevoir le Dojo.

Au fil du temps, ton bureau d’étude est devenu un cabinet d’architecture avec lequel tu désires te consacrer à la pérennité du patrimoine bâti, à sa mise en valeur et à la préservation des techniques artisanales anciennes. Cette passion des vieilles pierres te conduira à prendre les rênes de l’Union Charte Qualité du Patrimoine Architectural Breton, l’UCQPAB.

Durant toutes ces années, tu as appris de tous, de l’artisan à l’architecte des bâtiments de France. Tu a toujours eu, pour les entreprises avec lesquelles tu as travaillé, le plus grand respect de leur précieux savoir faire et leurs capacités à s’adapter à tes exigences parfois complexes pour que le résultat soit beau et pertinent jusqu’au détail, et que chacun puisse s’enorgueillir du travail accompli ensemble.

La tête de l'architecte

Daniel Bouët sculpté à Saint Brieuc-des-Iffs

La qualité du résultat de tes projets te permette d’avoir la reconnaissance de tes pairs et faire autorité dans la restauration du bâti ancien. Tu as laissé, entre autre, ton empreinte à Vitré, à la Chapelle-Erbrée et à l’église de Saint Brieuc-des-Iffs dans laquelle on peut voir sculptée “la tête de l’architecte” !
Et architecte, tu ne le fus qu’à 71 ans. Simple victoire administrative initialement, tu désirais te prouver que tu en étais capable, mais surtout, tu estimais avoir mérité de prétendre à ce titre.

Les marques de soutien et sympathie que nous, sa famille, avons reçu, montre que ceux qui t’ont connus se souvienne de toi, comme un homme authentique, jovial et attentif dans la relation que tu entretenais avec tout un chacun.

Saches enfin, Papa, que nous portons et porterons avec fierté, le nom BOUËT (B,O,U,E tréma,T) puisque nous sommes ce que tu disais avoir le mieux réussi, une famille unie dans la mort comme dans la vie.


Alors que tu es figurant lors des représentations de Cyrano de Bergerac interprété par Daniel Sorano, tu découvres dans le texte d’Edmond Rostand une certaine philosophie. Ces mots, ces vers que tu nous as tant récités, nous paraissent aujourd’hui te représenter :

Non, merci ! non, merci ! non, merci ! Mais. . .chanter,
Rêver, rire, passer, être seul, être libre,
Avoir l’œil qui regarde bien, la voix qui vibre,
Mettre, quand il vous plait, son feutre de travers,
Pour un oui, pour un non, se battre, ou faire un vers !
Travailler sans souci de gloire ou de fortune,
A tel voyage, auquel on pense, dans la lune !
N’écrire jamais rien qui de soi ne sortit,
Et modeste d’ailleurs, se dire mon petit,
Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles,
Si c’est dans ton jardin à toi que tu les cueilles !
Puis, s’il advient d’un peu triompher, par hasard,
Ne pas être obligé d’en rien rendre à César,
Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,
Bref, dédaignant d’être le lierre parasite,
Lors même qu’on n’est pas le chêne ou le tilleul,
Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul !


Les extraits musicaux, des musiques choisies et diffusées lors de l’inhumation, dans leur ordre d’audition :

Ces extraits sont la propriété de leurs auteurs/compositeurs/interprètes respectifs et nous espérons qu’ils accepteront leur tacite participation à cet hommage.


Cet article est le résultat du travail de mémoire réalisé avec ma sœur Émilie et mon frère Thomas, le soutien de notre Maman et le souvenir de notre frère Valéry.